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Photo : Alexandra Frankewitz/Transit
pour l’hebdomadaire La Vie – 2012

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Rencontre au bord de la Vis des gestionnaires de la Valserine et de la Vis
Photo : Rivières Sauvages – 2011

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Présentation du Label et discussion avec les acteurs locaux à l’Auberge de la Vis, Madières
avec Isabelle Autissier (Présidente WWF France), Roberto Eppple (Président FCRS et ERN) et Denis Caudron (Coordinateur Rivières Sauvages)
Photo : Rivières Sauvages – 2012

Hommage à Olivier Lebrun, amoureux de la Vis et des rivières sauvages

le 6 février 2016

Olivier Lebrun, notre ami, l’ancien maire de Rogues qui s’est tant battu pour que la Vis, cette rivière joyau, devienne une des premières rivières sauvages de France labellisée, vient de nous quitter. Il est parti, brusquement, dans la nuit du mercredi 3 février, emporté par une crise cardiaque. Il nous laisse seuls, nous, ses amis depuis 2010, l’année où il nous avait contacté au tout début du projet de création d’un réseau de rivières sauvages en France.

Olivier représentait les rivières du sud. Il était l’homme des rivières de la Méditerranée, elles qui ont été tant abimées au fil de siècles d’aménagements qui les ont souvent transformés en canaux, en cours d’eau rectilignes, sans vie. Olivier savait que les rivières sont mortelles, et qu’il fallait défendre les ultimes « rivières sauvages ». Et il les défendait bien. Partout. Toutes. Il a été à nos côtés dans les moments importants de notre tout jeune mouvement. Il a participé au colloque fondateur à Annecy, en 2011. Au lancement officiel du projet à Paris, en mars 2012. Il a accueilli, en juin 2013, le Congrès des Journalistes pour la Nature et l’Ecologie. Il a hébergé pendant des mois, dans le gîte communal de Madières, le coordinateur du projet, Denis Caudron ainsi que Julien Charrais, auquel nous avions confié la tâche de valider la grille de critères scientifiques aujourd’hui en vigueur pour tester ce qu’est, ou n’est pas, une « rivière sauvage ».

La Vis donc, a pris une place toute particulière dans nos travaux et bien sûr dans nos cœurs. Car, la Vis, ce ne sont pas que des critères scientifiques, techniques. La Vis, ce sont aussi des paysages de toute beauté ; son eau froide dans laquelle il aimait se baigner avec Serge, son fidèle ami et l’adepte averti du « yoga du froid ». La Vis, c’est le tuf ; c’est une population de truites unique ; c’est le couple d’aigles royaux qu’il aimait voir planer, si haut dans le ciel. C’est l’Auberge de la Vis, ce restaurant servant des produits bios, et locaux naturellement, qu’il a créé dans le cadre d’un projet communal. La Vis, c’est un accueil inégalable, c’est une rivière profondément humaine, une rivière avec une âme. Olivier, qui était né au bord de la rivière, dont le grand père, il aimait à le rappeler, avait été un des premiers directeurs de la petite usine hydroélectrique de Madières, la gardait jalousement, comme un trésor. Ce qu’elle est. Un trésor menacé de captation de vol, de dégradation de son eau précieuse, de sa biodiversité rarissime, si nous n’y prenons, tous ensemble, garde.

La Vis, il la défendait avec intelligence, lui, l’homme des compromis de haut vol. « Ma conviction, c’est que nous devons faire preuve de pédagogie pour réapprendre à respecter la nature », déclarait-il dans une interview qu’il avait donné à l’hebdomadaire La Vie, en juillet 2012. Pour lui, il n’y avait pas de contradiction entre l’homme et la nature, entre la civilisation et le sauvage. Il fallait juste trouver un équilibre, un milieu, un point, fragile, de rencontre. Olivier aimait les hommes. Il savait que l’action de l’homme n’est pas toujours négative, sombre. Il savait, intimement, lui qui était tant inspiré par les cultures indiennes de l’Amérique du Nord, à quel point nous avons besoin et de culture, et de nature, à quel point il est futile de séparer les deux, de placer l’homme au dessus de la nature. Il savait que nous devons nous réconcilier avec les rivières, que nous devons marier les contradictions, et cela nous aidait beaucoup, dans un pays souvent marqué par des postures idéologiques tranchées, exclusives. Nous étions, nous sommes très fiers, par exemple, de pouvoir montrer que, sur une rivière qui a un haut degré de naturalité comme la Vis, il y a une très ancienne centrale hydroélectrique dont l’impact sur le cours d’eau est quasi inexistant, solides observations scientifiques à l’appui. Olivier savait donc, et c’est le signe d’une certaine sagesse, jongler avec les opposés, marier les contraires, dépasser les oppositions duales apparentes. Il savait faire la différence entre le tourisme de masse et le tourisme doux, indispensable pour des territoires tels que le sien. Nous l’appréciions beaucoup pour cela, pour ce que nous pourrions résumer à sa très profonde humanité, à sa grande générosité.

Olivier était un élu pragmatique. Il avait été berger en Corse, avait dirigé un Conservatoire des Espaces Naturels. Il avait créé l’Association de Défense et de Sauvegarde de la Vis, il y a plus de vingt ans afin d’anticiper sur les menaces qui pèsent aujourd’hui sur cette rivière. Olivier était un précurseur, un visionnaire. Il avait cette ouverture peu commune sur le monde, sur l’Autre, qui manque souvent dans notre pays un peu trop replié sur lui-même, un peu trop crispé sur sa grande histoire, sur une conception étroite du lien homme-nature. Nous avons eu beaucoup de projets avec lui : construire un Centre des Rivières Sauvages Méditerranéennes au bord de la Vis; poursuivre l’éco – festival “Souffle du rêve”, rassemblement qui aspire à une nouvelle société, ou l’humain prend enfin le pas sur l’argent-roi et qui permettait d’amener sur les bords de cette rivière magnifique, le temps d’une fête, un public plus sensibilisé que la moyenne à la nécessité de respecter la nature. Nous avions aussi voulu construire un parc solaire sur le Causse, sur un site sans intérêt écologique majeur, permettant de générer des revenus à partir de l’indispensable développement des énergies renouvelables pour lutter contre le dérèglement climatique, au bénéfice des territoires ruraux, et alimentant également les actions en faveur de la conservation de la nature.

Sois sans crainte, cher Olivier, ton œuvre se poursuivra. Nous ferons ce qui est en notre pouvoir pour que la Vis reçoive, un jour, le label « Site Rivières Sauvages ». Au nom d’ERN, du WWF qui a longtemps accompagné ce projet, au nom du Conseil Scientifique du Fonds pour la Conservation des Rivières Sauvages, au nom des personnalités qui nous soutiennent, comme Martin Guespéreau, l’ancien directeur de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée et Corse, très impliquée dans ce projet, je présente à Marie Alice, son épouse, à ses enfants, ses proches, notre témoignage de profonde amitié et de reconnaissance pour le travail accompli.

Merci Olivier,

Roberto Epple
Président,
Fonds pour la Conservation des Rivières Sauvages / European Rivers Network